Parce qu’il est des choses véritablement bonnes à partager, des choses qui nous soutiennent et nous encouragent, que l’on voudrait offrir au monde, simplement comme un cadeau-sourire et, aussi, comme un cri victorieux de gratitude. Et parce qu’il m’a été donné de vivre plus d’un « incroyable mais vrai » je voudrais te faire part du dernier « petit miracle » en date, vécu par Sa Grâce. Un impossible surmonté et même complètement transformé… Éventuellement, ce partage pourra te (re)donner courage si toi aussi tu te bats désespérément contre de soi-disant inéluctables, ou si tu te trouves en prise avec des doutes, des résistances, voire des sabotages. Si tu te confrontes à une apparente absence d’issue à l’horizon, à un apparent « non-sens » partiel ou complet…, ou si tu souhaites juste partager ma joie, alors peut-être voudras-tu lire ce bref récit, « comme ça »…
Il y a quelques années, suite à un très grave accident de parcours – une grâce à l’époque bien difficile d’envisager comme telle… - une honorifique blouse blanche me condamnait sans détour ni précaution, bien tranquillement et en souriant, par un innommable verdict, clair, sans appel, qui aurait bien pu déterminer tout autrement le reste de mon existence (si…): « Alitée à vie. » Point final. Au suivant!
Oui, mais voilà…
J’ai souri, moi aussi. Incrédule. Ailleurs. Très très loin ailleurs. Et j’ai replongé mes yeux dans ceux du plafond blanc, mon horizon quotidien depuis déjà tant de temps. Une morne éternité s’écoula, semblable à ce plafond, identique d’un jour à l’autre. Reflet d’insipidité d’une vie apparemment fichue. Et puis, brutalement, venue de « Dieu seul sait où », j’ai reçu comme une formidable claque qui m’aurait frappée du dedans. A travers ma torpeur, une salvatrice Révolte s’était taillé un chemin jusqu’à moi : « Alitée à vie? Mais ils sont complètement malades!!!! Et puis quoi encore???! »
Il ne pouvait en être ainsi. Il y avait forcément une erreur ! Pourquoi? Parce que j’en avais décidé autrement. Pourquoi? Parce que je venais de me souvenir que je n’avais jamais cru en la médecine sauf en cette trop éternelle seconde ! D’un coup je me réveillai et me retrouvai, bien décidée à découvrir par moi-même ce dont j’étais ou non capable. Pas d’autre choix: croupir tout de blanc vêtue ou conquérir dans le rouge et le noir d’une sueur déterminée. Mon choix fait, je réclamai un fauteuil roulant et on me réitéra mon assassine condamnation avec un sourire qui, cette fois, riait presque: « Allons, tu sais bien que tu ne peux décoller de ce lit! »
J’ai dû me mettre en colère pour être entendue et qu’un fauteuil roulant lourd de son étiquette « handicapée » s’avance enfin vers moi. Des siècles et des Niagara de pleurs enragés plus tard, assise dans mon carrosse, fière et libre, j’ai pris la direction de ma première douche depuis l’accident! Niagara d’Ananda!
Mais la charrette refusait de se transformer en Ferrari… Et ma dépendance quasi-totale aux autres l’alourdissait plus encore. Mon premier sentiment de liberté extraordinaire et ma joie finalement bien éphémère disparurent. Point mécano, je ne pouvais transformer mon fauteuil en petit bolide. Alors quoi? Alors, il me fallait me transformer moi-même, non? Encore une fois: pas d’autre choix !
Les étapes se succédèrent encore. D’abord, les barres parallèles - non, pas comme aux J.O, pas celles autour desquelles on fait des cabrioles! Non, les barres plus humbles qui soutiennent les premiers nouveaux pas des corps brisés qui s’efforcent péniblement de se lever. Mais là aussi, là encore, là toujours: ré-sis-tance… du corps médical qui s’acharne sur les condamnés déjà bien vides d’espoirs: « Voyons, sois raisonnable, tu ne pourras jamais tenir sur tes jambes, elles ne répondent pas! » Non, pas de colère cette fois. Inutile car une conviction intérieure... Pas non plus (re)devenue « raisonnable » pour autant. J’ai juste regardé cet autre juge droit dans les yeux, lui souriant immensément, et pleine d’une joie étrange (car nouvelle, faite de cette exacte certitude), j’ai fermement rétorqué, comme une évidence toute bête : « Rigole, un jour je courrai!!! » Mon « ami » le kiné a sourit lui aussi : il ne voulait probablement pas me décourager plus! Mais au lieu de relever ce sourire, j’ai préféré relever mon corps lourd, difforme, et à peine conscient de lui-même.
Avec le temps, l’autre « miracle » s’est produit. Ce corps fracassé, rapiécé, léthargique, plus fait de douleurs que de vie, a su se montrer fort obéissant et patient pour un jour se contenter d’être soutenu par seulement deux béquilles. Puis une seule, et enfin une canne J Infinie gratitude J J J
Des années et un défilé d’horizons aux paysages inattendus à chaque
virage, mais le leitmotiv gravé en moi - je dirais aujourd’hui mantra – n’a jamais faibli en certitude :
« Un jour, je
courrai… » L’audace encore d’aller contre le sérieux de la grande sagesse d’autres blouses blanches, oser se montrer parfaitement déraisonnable en refusant de subir de nouvelles
opérations chirurgicales - les hôpitaux pullulent de cobayes traités avec les meilleures « bonnes intentions » du monde au point qu’ils n’osent même plus tenter de disposer
d’eux-mêmes… On nous dit toujours que « c’est pour notre bien », démunis, désemparés et sans repère, forcément on y croit… Mais pas cette fois : j’ai préféré croire en moi-même,
croire en ce corps finalement bien inconnu et prendre fermement la décision de marcher droit sans plus d’ajout de pièces de rechange plutôt que vivoter cahin-caha en dépendant à vie d’une
médecine « bien intentionnée » ! Et, tant qu’à faire, aller user mes semelles et tester mes efforts, mon désespoir autant que mon espoir sur des routes inconnues. Bref: aller
voir là-bas si j’y suis ! J’y suis allée… et en effet, j’y étais! Et j’ai marché ainsi deux ans sur cette terre rouge du Grand Rêve de Mère, elles deux qui me supportent toujours
avec tant de soin. Et j’ai fini par abandonner ma dernière canne au passage d’amis thérapeutes, d’un banyan et de deux dauphins guérisseurs… (mais ça, c’est une autre
histoire…J).
Et aujourd’hui, me demanderas-tu? Eh bien cher/e ami/e, aujourd’hui, depuis plus d’un mois, mon mantra est devenu ma réalité et une partie de ma vérité : JE COURS!!JJJ!! Oh, bien sûr ce n’est ni du sprint ni du marathon, pas même un chouia esthétique, mais c’est réellement un petit jogging soutenu que mon corps et moi-même réalisons en équipe, nous découvrant l’un l’autre, soutenus, quasi portés par « quelque chose » qui nous dépasse, quelque chose qui semble entrer en nous et nous soulever au-dessus de notre lourdeur, animant nos membres et vidant notre esprit. Quelque chose sans quoi cela ne serait, pour le coup, pas du tout possible! Mais avec ce quelque chose, il n’y a vraiment aucun impossible qui tienne ! Et je ne parle pas de la foi qui, indéniablement, est présente et change réellement et radicalement tout, non, je parle de «quelque chose d’autre »… J’en « parle », mais surtout, je le ressens.
Voilà, j’ai voulu partager avec toi un peu de moi car toi et moi ne sommes jamais très différents… dans le fond. Ce petit clin d’œil complice est pour toi, et si un jour il t’est utile de quelque manière, alors cette page aura aussi trouvé une raison d’être J Je te souhaite une belle traversée, faite d’autant de marches à gravir qu’il t’est nécessaire, et que toujours tu puisses les considérer comme des aides et non comme des obstacles. Car l’impossible vit dans notre tête, dans nos croyances. Bien pire : quand notre impossible vit dans la tête des autres et que l’on y consent… par faiblesse.
Avec toute ma reconnaissance, ma gratitude et mon amour cette énergie
divine qui en tout et tous se manifeste pour faire de nos vies des voies ensoleillées… si
tel est notre choix J
Smiley JJJ